« Touche pas à mon zizi »
Suite et pas fin

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L’Intervention de Catherine François, cheffe du groupe socialiste au conseil communal, suite à l’interpellation du groupe « Touche pas à mon zizi »

Il y a environ un mois, au moment des festivités des 800 ans de saint Gilles est apparue une fresque murale d’environ 5 m sur 2 en hauteur, représentant un sexe masculin au repos et circoncis. Cette œuvre, dessinée en une seule nuit, n’a toujours pas été revendiquée et fait suite à une série de fresques interpellantes qui tapissent les murs de notre capitale. La fresque Saint Gilloise a fait l’objet d’une grande médiatisation et d’une vive mobilisation des citoyens saint gillois qui se sont mobilisés sur les réseaux sociaux et constitués en groupe pour réclamer le maintien de la fresque. Je voudrais tout d’abord saluer la démarche artistique de l’artiste. En effet, cette fresque nous questionne sur la liberté de l’art. Est ce que l’art est libre en ville ? Et d’ailleurs, les passants interrogés en rue ne se posent pas la question de la légalité, ni de la légitimité du dessin mais plutôt est-ce que cette œuvre est bien décente dans une ville ? Cette question est d’autant plus essentielle qu’elle s’inscrit autour de la mobilisation internationale lancée suite au massacre des caricaturistes de Charlie Hebdo. C’est d’ailleurs intéressant de constater que ceux et celles qui sont descendus dans la rue massivement en janvier 2015 pour rappeler que tout est permis, que l’art est libre et qu’il ne devrait pas avoir de censure à la liberté d’expression…sont parfois ceux qui s’y offusquent aujourd’hui devant la caricature d’un partie d’organe sexuel au repos jailli sur un mur décrépi de la de l’avenue du Parc…Cache ce sein que je ne saurais voir….
 
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La démarche de l’artiste est aussi politique. La force de la représentation du zizi est là : nous permettre d’échanger ce soir à propos d’un message qui peut sembler provoquant mais qui n’a de provocation que de nous sortir d’une léthargie devant tout se qui s’affiche à notre insu. Le pénis interpelle sur la nudité dans la ville. Pourquoi sommes nous davantage interpellés par un petit pénis au repos alors que la publicité, qui massacre notre environnement urbain, nous vante une société de consommation souvent abjecte, injuste et discriminante pour le corps des femmes usé et abusé pour vendre tel ou tel produit de consommation inutile. Il y a un paradoxe terrible à l’interdire alors qu’on est assailli par beaucoup de laideurs publicitaires imposées par les multinationales toujours plus enclines à nous faire consommer l’inutile et le superflu.
La démarche de l’auteur de la fresque s’inscrit encore dans l’éphémère. Il le sait que le risque est l’effacement ou le recouvrement par d’autres auteurs éventuels. C’est bien cela qui l’est : l’art éphémère. Rappelons encore que le principe d’une fresque (street art) qui est posée sur un mur, dont le propriétaire n’a pas donné son accord, devient forcement illégal. Le principe même du street art est de jouer avec l’interdit, de provoquer la bien pensance et le politiquement correct pour lancer des bombes de poésie sur les murs de la ville. On a bien affaire à une éjaculation murale c’est-à-dire l’idée pour le graffeur de laisser une trace de son passage, en fécondant les murs de bombe colorée. L’effacement et son coté éphémère fait partie de la vie de l’œuvre. C’est cette part de risque qui fait de l’œuvre sa force et son impertinence. Le street art, c’est la liberté de poser un acte politique sur les murs de la ville et d’interpeller ses habitants. En ça, l’objectif est assuré. On se questionne, on en rit, on est choqué, on se réunit pour le défendre ou pour le vomir…On se mobilise pour le garder ou pour l’effacer. On rend hommage au zizi en humectant ses lèvres à son passage ou on tourne la tête pour l’éviter…c’est avec tout cela qu’il faut faire… J’ai décidé de travailler cette question avec mes étudiantes de l’athénée royal Serge Creuz à Molenbeek en septembre dernier. Pour affiner leur argumentation, je leur ai posé la question : est- ce que l’art est libre à partir de la fresque du zizi de Saint Gilles. La force pédagogique de l’exercice est bien d’affûter ses arguments, d’échanger les idées et surtout apprendre à construire un raisonnement. Tout ce qui permet de construire une argumentation, c’est tout ce qui permet de garantir la paix et lutter contre les dogmatismes. Du coup, on a été lire en classe les multiples définitions de l’art, on a découvert des œuvres d’art étonnantes, qui choquaient, on a lu de grands auteurs qui dissertaient de la question….
 
En cela, l’auteur a déjà gagné. La fresque nous a donné le prétexte à questionner le bon gout ?Le prétexte à de vives discussions animées : Est-ce que l’art est forcement beau ? Est-ce qu’il doit forcement plaire à tout le monde ? Les écrits de mes étudiantes ont tous rappelé avec intelligence que l’art n’est pas forcement beau, que tous les goûts sont dans la nature, que tout le monde a le droit de ne pas aimer, tout le monde a le droit d’avoir d’autres sensibilités, tout le monde a le droit de trouver cela moche, laid ou immoral. Elle disait encore que l’art ne plait pas forcement à tout le monde mais qu’il constitue la sève d’une démocratie. Elles l’ont comparé aux boîtes de conserve d’Andy Wharol lorsque celui-ci nous interpellait en pleine période du POP ART sur la société de consommation. On peut y voir une critique du capitalisme qui pousse les sociétés à produire de nombreux produits à la chaîne jusqu’à écœurement. Depuis la préhistoire, on aime écrire sur les murs.Ce n’est pas toujours intelligent mais ca reste une forme d’expression de l’intelligence. Les jeunes étudiantes ont toutes décidé de défendre le zizi au nom de la liberté d’expression, la même qu’on avait réclamée avec tant de force quand le sang a souillé les crayons de Charlie Hebdo. Elles ont clamé le droit à ne pas le regarder tout en réaffirmant leur attachement au vivre ensemble. Ce vivre ensemble que nous choyons tant. C’est la liberté d’expression qui est en jeu.
 
Et puis, ce petit Zizi ne nous a pas fait oublier l’actualité ignoble : la crise des migrants, les massacres d Alep, La purge d’Erdogan, le capitalisme et son lot de restructurations économiques qui jette avec mépris les travailleurs….Ce petit circoncis ne nous fera pas oublier notre impuissance à changer le cortège des injustices et des souffrances qui s’étalent sur nos écrans de télévision. Mais pour paraphraser Guillaume Apollinaire, ce petit zizi, il a tout de même enchanté notre vulgaire réalité, et ça, c’est pas rien.
 
 
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