Les gens au dehors
Instantanés.

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Je vous observe, ou plutôt je vous découvre, 

je voudrais savoir ce que le temps vous raconte,

ce que la pluie vous inspire.

Tu marches, tu t’arrêtes, tu veux allumer une cigarette, 

tête penchée, la main en coupe: le vent éteint ton allumette!

Fort, fragile, jeans usés,

un peu de misère au fond des poches,

tu relèves la tête, chapeau de cow-boy incliné,

ta bière se réchauffe,

il est 10 heures.

Tu pousses un landau, 

le bébé geint un peu dans son sommeil innocent,

à tes côtés, deux petits bouts s’agitent et se chamaillent,

tes yeux cernés disent ta fatigue, ton regret, peut-être?

Toi, je te vois avancer à petits pas précautionneux,

lourde de souvenirs,

souffle court d’amour manqué,

d’amour manquant,

d’enfants morts,

d’enfants qui ne viennent plus.

Un moment tu restes là, immobile,

je t’entends presque penser:

 « …mais qu’est-ce que je fais encore ici? »

Tu vis, tu vis, tu survis, tu souris…parfois,

entre ton chat et la télé à longueur de journée.

Assis au bord de l’eau,

sweat à capuche,

très jeune, absorbé,

tu lis: «  Eh oui, ça lit encore les jeunes! »

Ni ma présence discrète,

ni le miroitement du fleuve,

ne te distraient.

Tu es présent au poète, à l’écrivain,

tu te délectes des mots,

des émotions que cela éveille en toi.

Des enfants courent,

des groupes discutent.

Au bar d’un café,

la politique de comptoir,

les blagues éculées,

les femmes et les hommes, si seuls.

 

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Quelques étudiantes penchées sur leur ordinateur,

fascinées.

La terrasse ensoleillée,

les bières tièdes et les cafés brûlants.

Et toi, sans abri,

fou de douleur,

de peau plus jamais caressée,

de voix plus jamais entendue,

d’estomac plus jamais rempli,

tu traînes un sac crasseux rempli de tes richesses,

tu cries, tu vocifères,

tu agresses,

tu veux aussi exister,

aux yeux mornes des passants,

désabusés et indifférents.

Je me vois à travers vous, 

il arrive que ces mots me traversent aussi: 

” Qu’est-ce que je fais là?!”

Nous vivons,

nous ne cessons de mourir, 

nous avons notre valeur propre,

mais aucun de nous n’est « une valeur d’avenir »

Des rires éclaboussent les arbres d’une place,

le soleil auréole des rousseurs flamboyantes.

Je prends un café, je rêve un moment…

 

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Et puis… il y a toi,

vivant,

chaud,

doux,

et tout prend d’autres couleurs.

De petits nuages floconneux habitent le ciel,

une ombre effleure ta joue,

prolongation de mes doigts.

La vie, tout à coup, 

près de moi palpite, s’étale,

n’est plus chimère.

Je découvre toutes les joies,

la beauté la plus dissimulée,

les rires éclatants.

Comme nous,

des couples s’embrassent,

s’embrasent,

pressés, tout à coup,

de fermer les persiennes

d’une chambre close,

d’où les mots seront bannis.

 

Paroles et Photos Mona Mc Dee

 

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