Récup’ de vêtements

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Les vêtements de seconde main – traditionnellement laissés aux mains du secteur associatif – sont aujourd’hui des ressources convoitées, qui se vendent à plusieurs centaines d’euros la tonne

sur le marché, et qui finissent parfois par être détournées des circuits habituels … Voici un rapide tour d’horizon du secteur de la fripe à Bruxelles.

1. Les petits circuits locaux

Street Stores, gratiferias et autres « marchés gratuits » se sont durablement installés sur les places de la capitale : il s’agit d’espaces de don ou de troc qui apparaissent ci-et-là, au milieu de l’espace public, depuis le début de l’année 2012. Le principe des marchés gratuits est simple : chacun apporte ce dont il n’a plus besoin et repart avec ce qu’il veut.  C’est l’occasion pour chacun de faire des économies tout en faisant connaissance avec les voisins, ou de partager ce que l’on a tout en libérant un peu d’espace dans les armoires.

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Crédit photo : 1000BXL en transition

En région bruxelloise, les marchés gratuits ont généralement lieu le samedi après-midi de 14 à 16h : ces deux dernières années, ces marchés gratuits étaient généralement organisés les premiers samedis du mois à Saint-Gilles (place Bethléem), les deuxièmes samedis du mois à Forest (place Saint-Denis), les troisièmes samedis du mois à Ixelles (place Flagey), et, enfin, les quatrièmes samedis du mois au quai à la Houille. Ces marchés – souvent lancées à l’initiative des villes en transition – devraient réapparaitre dans nos rues à partir de la fin du mois de mars.

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Crédit photo : 1000BXL en transition

Des occupations temporaires ou « squats légalisés » – tels que la Poissonnerie (214 de la rue du Progrès à Schaerbeek) – ont développé des « friperies solidaires » : c’est-à-dire des lieux de dépôt, de don, d’échange ou de distribution de fripes. Il y a également une friperie solidaire au premier étage du squat du 123 rue Royale  (Freeprix123), qui ouvre ses portes tous les dimanches de 18h à 20h, à l’occasion de la table d’hôte hebdomadaire.

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2. Les circuits associatifs

Un label a été créé en réponse à l’apparition – dans le secteur de la récupération de vêtements – de sociétés privées agissant parfois sous couvert d’un discours caritatif, ou jouant sur l’ambiguïté entre récupération et philanthropie. Aujourd’hui, seules les bulles à vêtements (ou guérites) labellisées « Solid’R » garantissent aux donataires que leurs dons seront injectés dans le secteur de l’économie sociale. Il y a plus de trois mille guérites à vêtements en région bruxelloise. Leur tonnage rejoint, à échéance régulière, les centres de tri et ensuite les boutiques des Petits Riens, d’Oxfam et de Terre.

  • Les guérites jaunes appartiennent des Petits Riens / Spullenhulp : association créée en 1937 à l’initiative d’Edouard Froidure, qui dispose d’un centre de tri d’Ixelles et de boutiques de seconde main situées notamment à Ixelles et à Schaerbeek (199 de la Chaussée de Helmet)
  • Les guérites vertes appartiennent à Oxfam. Après un détour par le centre de tri, les vêtements collectés rejoignent les « Magasins du Monde » d’Ixelles (18 de l’Avenue Brillat Savarin) ou et Schaerbeek (2, place d’Helmet), ou encore la boutique « Oxfam Solidarité » de l’avenue de la Brabançonne, près de la place Dailly. Les vêtements légèrement abîmés sont quant à eux envoyés vers l’étranger et donnés.
  • Les guérites bleues dépendent enfin de Terre, une asbl originaire de Herstal. Elles sont toutes concentrées au nord de la ville : Jette, Evere, Berchem-Sainte-Agathe, Ganshoren. Une fois collectés, les vêtements rejoignent le centre de tri de Herstal avant d’être expédiés vers l’Afrique ou l’Asie.

Parmi les organisations adhérant à la Charte Solid’R, se trouvent également une dizaine d’associations locales, dont deux bruxelloises …

  • La Poudrière – membre du mouvement Emmaüs – est un projet autogestionnaire qui s’appuie notamment sur des activités de récupération de vêtements, de jouets et d’appareils électroménagers. Sa boutique est située aux numéros 52 et 64 de rue de la Poudrière à Bruxelles.
  • Rouf : il s’agit d’un atelier-magasin qui dépend d’une association jettoise de lutte contre la pauvreté : le Centre d’Entraide de Jette asbl. Il est situé au numéro 37 de la chaussée de Wemmel.

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Certains acteurs du secteur associatif procèdent enfin à des collectes et des distributions de vêtements sans passer par le label Solid’R. C’est le cas des vesti-boutiques de la Croix-Rouge : l’une d’elles est située au numéro 31 de la Rue Anatole France à Schaerbeek : vous y trouverez des vêtements de seconde main à petits prix. Ouverte les lundis, mercredis et vendredis de 14.30 à 17.00, la vesti-boutique propose en outre des jouets, des livres et des ustensiles de cuisine.

 

3. Les circuits marchands : machines à frip’ ?

L’engouement actuel pour récup’ de vêtements amène une foule de répercutions positives en matière d’écologie, d’emploi local ou de revalorisation des métiers de la couture. Mais, il se présente – parallèlement – comme un nouveau « marché » à saisir. Entre 2007 et 2013, le prix du textile trié a grimpé de 80 à 400 euros la tonne. De quoi ouvrir l’appétit de nouvelles sociétés privées qui, comme Recytex et Curitas, jouent parfois allègrement sur l’ambiguïté entre récup’ et philanthropie. Sur les collecteurs de Recytex, on peut – par exemple -lire l’inscription « vêtements du coeur ».

« Pour maîtriser les coûts d’approvisionnement en matière première « originale », certaines entreprises privées ont organisé leur propre réseau de collecte et ont installé des bulles dans des communes de Wallonie et de Bruxelles. Elles ont souvent choisi un nom à consonance caritative, qui sème la confusion quant à la réelle nature de leurs activités. C’est le cas du groupe hollandais Boer, qui possède en Belgique l’entreprise de récupération textile « Curitas », un nom ambigu qui ressemble étrangement à celui d’une célèbre ONG d’aide au développement. Mais on pourrait aussi citer l’exemple de Recytex, une entreprise sérésienne dont les bulles de collecte s’appellent « Vêtements du cœur ». Mais si cette tactique commerciale est plus que douteuse, ces entreprises ne font rien d’illégal » (Alter échos, 25 octobre 2013).

Enfin, des guérites clandestines ont fait leur apparition, ces dernières années (avec des inscriptions du type « Entraide et Solidarité »). Et des circuits plus ou moins (il)légaux se sont développés autour des points de collecte agréés. Il n’en fallait pas de plus pour certaines communes bruxelloises – telles que Schaerbeek, Etterbeek et Anderlecht – décident de supprimer des collecteurs de vêtements et notamment ceux … des Petits Riens et d’Oxfam.


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par Mathieu Simonson

http://www.ezelstad.be/

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